đȘ¶ NOTE LIMINAIRE
Dans LâubĂ©risation : le coupable idĂ©al, je mâĂ©tais intĂ©ressĂ©e Ă cette Ă©conomie que lâon accuse volontiers de tous les maux : prĂ©carisation du travail, contournement du salariat, transfert du risque vers lâindividu, rĂ©munĂ©rations incertaines. Non pour en nier les dĂ©rives, mais pour poser une question moins confortable : pourquoi tant de personnes finissent-elles malgrĂ© tout par sây tourner ?
Jâavais notamment avancĂ© une rĂ©ponse : lorsquâune partie de la population ne trouve plus sa place dans le marchĂ© du travail traditionnel, les plateformes ne crĂ©ent pas nĂ©cessairement son exclusion. Elles rĂ©cupĂšrent aussi ceux que le reste du systĂšme a laissĂ©s sur le bord de la route.
Restait donc Ă traverser la rue.
Je lâai fait.
Jâai dĂ©cidĂ© de crĂ©er ma micro-entreprise et de me lancer dans la livraison afin de gĂ©nĂ©rer moi-mĂȘme une partie de mes revenus. Pas de demander quâon me trouve un emploi. Pas dâattendre quâune entreprise veuille bien mâen proposer un. Pas de rĂ©clamer que la collectivitĂ© finance mon projet.
Simplement investir mon propre argent, créer mon activité et travailler.
Sur le papier, lâaffaire semblait presque suspectement simple.
Elle ne lâĂ©tait pas.
Avant la premiĂšre livraison, avant le premier client et surtout avant le premier euro de chiffre dâaffaires, jâai dĂ©couvert un territoire Ă©conomique assez particulier : celui oĂč lâon encourage lâinitiative tout en multipliant les formalitĂ©s nĂ©cessaires pour lâexercer.
Cette expérience donnera donc lieu à trois articles :
Le premier, celui-ci, sera consacrĂ© au parcours administratif prĂ©cĂ©dant le commencement mĂȘme de lâactivitĂ© : comment devient-on officiellement quelquâun qui a le droit dâessayer de gagner son premier euro ?
Le deuxiĂšme suivra lâoutil de travail. Jâavais achetĂ© un scooter Ă©lectrique pour travailler. Les contraintes dĂ©couvertes en chemin pourraient finalement me conduire Ă le revendre, ainsi que ma trottinette, pour acheter un vĂ©lo Ă©lectrique⊠afin de pouvoir travailler.
Le troisiĂšme prendra de la hauteur. Car une fois les anecdotes, formulaires, investissements et obstacles mis bout Ă bout, une question dĂ©passe largement mon cas personnel : que produit Ă©conomiquement un pays qui demande davantage de travail tout en rendant lâaccĂšs au travail inutilement difficile ?
Trois articles, donc.
De la crĂ©ation administrative de lâactivitĂ© Ă son exercice concret, puis de lâexpĂ©rience individuelle Ă la question Ă©conomique.
Dans LâubĂ©risation : le coupable idĂ©al, je cherchais Ă comprendre pourquoi certains finissaient par franchir la porte des plateformes de livraison.
Cette fois, jâai franchi la porte.
Il y avait une salle dâattente derriĂšre.
I. CRĂER SON EMPLOI AVANT DE POUVOIR LâEXERCER
LâidĂ©e de dĂ©part nâavait pourtant rien de rĂ©volutionnaire.
Je voulais travailler.
Plus prĂ©cisĂ©ment, je voulais crĂ©er une activitĂ© suffisamment souple pour gĂ©nĂ©rer mes propres revenus, sans attendre quâun employeur dĂ©cide un jour que mon profil correspond enfin Ă la bonne case. La livraison sây prĂȘtait : investissement accessible, horaires adaptables, activitĂ© immĂ©diatement comprĂ©hensible et possibilitĂ©, en thĂ©orie, de commencer rapidement.
Restait à créer une micro-entreprise.
Le régime a précisément été conçu pour cela : permettre à une personne seule de démarrer une petite activité avec des formalités et une comptabilité simplifiées. Sur le principe, difficile de faire plus adapté.
Jâavais dâailleurs dĂ©jĂ Ă©tĂ© entrepreneuse individuelle par le passĂ©.
Une expérience qui aurait pu constituer un avantage.
Elle allait surtout me permettre de dĂ©couvrir une propriĂ©tĂ© remarquable de lâadministration française : elle possĂšde une excellente mĂ©moire lorsquâil sâagit de se souvenir de choses qui nâexistent plus.
Mon ancienne activité, cessée depuis 2012, apparaissait toujours dans les registres.
Pour crĂ©er la nouvelle, il fallait donc commencer par rĂ©gler le sort administratif de lâancienne.
Me voici ainsi engagée dans une démarche assez singuliÚre : avant de créer mon entreprise, je devais faire cesser une entreprise qui avait déjà cessé son activité.
Le travail pouvait attendre.
Il fallait dâabord remettre le passĂ© en conformitĂ© avec le prĂ©sent.
CommencÚrent alors les échanges, les recherches, les démarches auprÚs du guichet unique, les documents à fournir et les procédures nécessaires pour faire reconnaßtre administrativement une réalité pourtant assez simple : cette ancienne activité était terminée.
Ce détail est important.
Car lorsquâon parle de « simplification administrative », on imagine volontiers des formulaires un peu fastidieux ou quelques clics supplĂ©mentaires.
Mais pour celui qui cherche Ă commencer une activitĂ©, chaque anomalie administrative possĂšde une traduction beaucoup plus concrĂšte : du temps pendant lequel lâentreprise nâexiste toujours pas et pendant lequel aucun chiffre dâaffaires ne peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©.
Le paradoxe apparaĂźt alors trĂšs tĂŽt.
Je ne demandais pas Ă lâadministration de me trouver du travail.
Je ne lui demandais pas de financer mon activité.
Je ne lui demandais mĂȘme pas de garantir quâelle fonctionnerait.
Jâavais choisi lâactivitĂ©. Jâacceptais le risque. JâĂ©tais prĂȘte Ă financer le matĂ©riel nĂ©cessaire et Ă prendre en charge les dĂ©marches.
Je demandais essentiellement quâon me laisse commencer.
Mais avant de pouvoir construire le présent, il fallait donc commencer par exhumer le passé.
Dans un pays qui explique rĂ©guliĂšrement Ă ses citoyens quâils doivent ĂȘtre mobiles, autonomes, entreprenants et capables de se rĂ©inventer, la situation possĂšde une certaine Ă©lĂ©gance bureaucratique :
jâavais changĂ© de vie depuis longtemps. Mon dossier, lui, nâavait manifestement pas reçu lâinformation.
Duchesse observe :
« Lâadministration encourage volontiers Ă se rĂ©inventer.
à condition que votre ancienne version ait correctement été supprimée du systÚme. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
MĂȘme les fantĂŽmes ont un numĂ©ro de dossier.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
II. POUR SIMPLIFIER, VEUILLEZ VOUS IDENTIFIER
Une fois mon ancienne entreprise administrativement ramenĂ©e parmi les morts, je pouvais enfin mâoccuper de la nouvelle.
En théorie.
Car crĂ©er une micro-entreprise aujourdâhui possĂšde un avantage considĂ©rable : tout se fait en ligne.
Il nâest donc plus nĂ©cessaire de courir dâun guichet Ă lâautre avec une chemise cartonnĂ©e sous le bras. Le guichet est dĂ©sormais unique, numĂ©rique et accessible depuis chez soi.
Le progrĂšs.
Encore faut-il pouvoir franchir la porte.
Pour effectuer certaines formalitĂ©s, il faut pouvoir sâidentifier avec un niveau de sĂ©curitĂ© suffisant. Me voici donc partie dans la crĂ©ation dâune identitĂ© numĂ©rique permettant dâutiliser FranceConnect+.
Nouvelle démarche.
Nouvelle validation.
Nouvelle attente.
Une fois lâidentitĂ© numĂ©rique obtenue, il reste Ă prĂ©parer les informations demandĂ©es, comprendre les catĂ©gories proposĂ©es, dĂ©clarer correctement lâactivitĂ©, fournir les piĂšces nĂ©cessaires et vĂ©rifier que ce que lâon renseigne correspond bien Ă ce que lâadministration attend.
Car un formulaire administratif possĂšde une particularitĂ© fascinante : il connaĂźt parfaitement la rĂ©ponse quâil souhaite obtenir, mais il vous appartient de deviner comment il souhaite que vous la formuliez.
Et lorsque lâon crĂ©e soi-mĂȘme son activitĂ©, cette distinction nâest pas anodine.
Une mauvaise dĂ©claration nâest pas seulement une mauvaise case cochĂ©e. Elle peut dĂ©terminer le rĂ©gime applicable, les obligations futures ou simplement provoquer un rejet du dossier.
Alors on lit.
On cherche.
On vérifie.
On recommence.
Et parfois, on paie.
Dans mon cas, une signature Ă©lectronique mâa coĂ»tĂ© 36 euros.
Trente-six euros ne feront évidemment sombrer aucune entreprise.
Mais ils illustrent parfaitement le mécanisme.
Ă ce stade, je nâavais toujours rien vendu.
Je nâavais effectuĂ© aucune livraison.
Je nâavais encaissĂ© aucun revenu.
Pourtant, travailler avait dĂ©jĂ commencĂ© Ă coĂ»ter de lâargent.
Ă cela sâajoute le compte bancaire dĂ©diĂ© Ă lâactivitĂ©, que jâavais anticipĂ© afin de sĂ©parer proprement les flux professionnels des dĂ©penses personnelles.
Encore une étape.
Encore un Ă©lĂ©ment de lâinfrastructure nĂ©cessaire pour une entreprise dont le chiffre dâaffaires Ă©tait toujours exactement Ă©gal Ă zĂ©ro.
Câest probablement lĂ que se situe lâun des malentendus les plus persistants lorsquâon parle de crĂ©ation dâactivitĂ©.
On imagine volontiers que lâentrepreneur commence par travailler, gagne de lâargent puis supporte les coĂ»ts liĂ©s Ă son entreprise.
Dans la rĂ©alitĂ©, le mouvement commence souvent dans lâautre sens.
Il faut investir pour obtenir la possibilitĂ© dâessayer de gagner.
Et plus les moyens financiers de départ sont modestes, moins cette nuance est théorique.
Trente-six euros ici.
Un compte lĂ .
Du matériel ensuite.
Une assurance ailleurs.
Pris séparément, chaque montant peut sembler insignifiant.
AdditionnĂ©s avant le premier euro de chiffre dâaffaires, ils racontent une autre histoire : celle dâun systĂšme dans lequel lâautonomie possĂšde elle aussi un droit dâentrĂ©e.
Je nâĂ©tais pourtant toujours pas venue chercher des bĂ©quilles.
JâĂ©tais venue travailler.
Mais manifestement, avant de pouvoir marcher seule, il fallait encore prouver mon identitĂ©, signer Ă©lectroniquement et attendre que le systĂšme confirme que jâĂ©tais bien moi.
Duchesse note :
« Lâautonomie est vivement encouragĂ©e.
Merci de vous munir des justificatifs permettant de la prouver. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
MĂȘme pour voler de ses propres ailes, lâadministration demande une piĂšce dâidentitĂ©.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
III. VOTRE DOSSIER EST EN COURS DE TRAITEMENT
Il arrive un moment merveilleux dans toute dĂ©marche administrative oĂč vous avez enfin fait ce que lâon vous demandait.
Les documents sont réunis.
Les informations sont renseignées.
Les justificatifs sont transmis.
La procédure est signée.
Vous avez vérifié une derniÚre fois.
Puis une deuxiĂšme.
Et, dans un accÚs de confiance probablement excessif, vous cliquez sur « Envoyer ».
Ă partir de cet instant, votre avenir professionnel appartient Ă une phrase :
Votre dossier est en cours de traitement.
Il ne manque plus rien de votre cÎté.
Vous ĂȘtes disponible.
Le projet existe.
Le matĂ©riel peut ĂȘtre achetĂ© ou lâest dĂ©jĂ .
Les plateformes de livraison attendent leurs propres justificatifs.
Les clients, quelque part, continuent de commander leurs repas.
Mais vous, vous attendez.
Câest une forme assez particuliĂšre dâinactivitĂ© : celle qui survient prĂ©cisĂ©ment parce que vous avez dĂ©cidĂ© de devenir active.
Bien sĂ»r, une administration doit contrĂŽler les dossiers quâelle reçoit. Une entreprise doit ĂȘtre correctement enregistrĂ©e. Les informations doivent ĂȘtre vĂ©rifiĂ©es. Personne ne rĂ©clame quâun clic suffise Ă crĂ©er instantanĂ©ment nâimporte quelle activitĂ© sans contrĂŽle.
La question est ailleurs.
Pour une grande entreprise, quelques jours ou quelques semaines de traitement constituent un délai administratif.
Pour une personne qui crĂ©e une petite activitĂ© afin de gĂ©nĂ©rer rapidement quelques centaines dâeuros de revenus mensuels, ces mĂȘmes jours reprĂ©sentent du chiffre dâaffaires qui ne peut pas encore exister.
Le temps administratif et le temps Ă©conomique nâont pas la mĂȘme valeur.
Lâun compte en dossiers.
Lâautre compte en factures.
Et entre les deux se trouve celui qui attend.
Câest ici que la fameuse salle dâattente reprend tout son sens.
Je lâavais dĂ©jĂ rencontrĂ©e lorsque je cherchais des solutions.
Je la retrouve maintenant alors que jâessaie de construire la mienne.
La situation possĂšde mĂȘme une certaine ironie : lorsquâon dĂ©pend dâun dispositif, on attend quâil agisse. Lorsquâon dĂ©cide de devenir autonome, on peut encore commencer par attendre quâil vous autorise administrativement Ă lâĂȘtre.
Entre-temps, les dĂ©penses, elles, nâont pas besoin de validation.
Elles passent trĂšs bien.
Le matériel se paie.
Les équipements se paient.
Les démarches éventuellement nécessaires se paient.
La vie quotidienne continue également de présenter ses factures avec une remarquable ponctualité.
Seul le revenu professionnel reste suspendu Ă la validation de ce qui permettra de le produire.
On pourrait considérer cela comme un simple désagrément bureaucratique.
Mais lorsque le discours public insiste constamment sur le retour Ă lâemploi, lâautonomie et la nĂ©cessitĂ© de crĂ©er davantage dâactivitĂ© Ă©conomique, cette attente devient une question beaucoup plus intĂ©ressante.
Car je nâattendais plus quâon me propose une solution. Pour certains les propositions nâarrivent jamais.
Jâattendais quâon me laisse mettre la mienne en Ćuvre.
Duchesse remarque :
« Lâadministration ne vous empĂȘche pas de travailler.
Elle vérifie simplement, pendant que vous ne travaillez pas, que vous pourrez bientÎt le faire. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Votre impatience a bien été enregistrée. Elle sera traitée dans les meilleurs délais.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
IV. LE PREMIER EURO EST DĂJĂ DĂFICITAIRE
Ă ce stade de lâhistoire, mon chiffre dâaffaires possĂšde une remarquable stabilitĂ©.
Zéro euro.
Ce chiffre a au moins le mĂ©rite dâĂȘtre facile Ă comptabiliser.
Les dépenses, en revanche, ont commencé bien avant lui.
CrĂ©er une activitĂ© ne consiste pas seulement Ă remplir un formulaire. Il faut prĂ©parer les conditions matĂ©rielles permettant de lâexercer : disposer des Ă©quipements nĂ©cessaires, organiser ses moyens de paiement, prĂ©voir ses dĂ©placements, assurer ce qui doit lâĂȘtre, acheter ce qui manque et parfois payer simplement pour accomplir certaines dĂ©marches.
Rien dâextraordinaire.
Toute activité nécessite un investissement.
Le problĂšme nâest donc pas quâil faille dĂ©penser de lâargent pour travailler.
Le problĂšme est le moment oĂč cet argent doit ĂȘtre dĂ©pensĂ©.
Avant de savoir si lâactivitĂ© fonctionnera.
Avant de connaĂźtre prĂ©cisĂ©ment son chiffre dâaffaires.
Avant dâavoir encaissĂ© le moindre revenu.
Et parfois avant mĂȘme que lâadministration ait terminĂ© de reconnaĂźtre officiellement lâexistence de lâactivitĂ© qui doit permettre de rembourser ces dĂ©penses.
Le risque Ă©conomique, lui, nâattend aucune validation.
Câest moi qui achĂšte.
Câest moi qui Ă©quipe.
Câest moi qui avance lâargent.
Câest moi qui assume la possibilitĂ© que lâactivitĂ© ne rapporte finalement pas ce que jâespĂ©rais.
Rien de choquant jusque-lĂ : câest aussi cela, entreprendre.
Mais ce risque entrepreneurial se mĂ©lange progressivement Ă autre chose : un coĂ»t dâaccĂšs au travail.
La différence est importante.
Acheter un outil parce quâil permettra de travailler davantage ou plus efficacement relĂšve de lâinvestissement.
DĂ©penser simplement pour parvenir jusquâau point oĂč lâon sera Ă©ventuellement autorisĂ© Ă utiliser cet outil relĂšve dâune autre logique.
Et cette diffĂ©rence devient considĂ©rable lorsque lâon ne cherche pas Ă crĂ©er une entreprise destinĂ©e Ă lever des millions dâeuros, mais simplement une petite activitĂ© capable de produire quelques centaines dâeuros supplĂ©mentaires chaque mois.
Pour quelquâun disposant dâun capital confortable, quelques dizaines ou centaines dâeuros constituent un coĂ»t de lancement.
Pour quelquâun qui cherche prĂ©cisĂ©ment Ă retrouver ou augmenter ses revenus, ils peuvent constituer une barriĂšre dâentrĂ©e.
Câest ici que le discours sur lâautonomie Ă©conomique rencontre une rĂ©alitĂ© beaucoup moins Ă©lĂ©gante.
Pour devenir autonome, il faut parfois commencer par avoir les moyens financiers de le devenir.
Jâavais pourtant jouĂ© le jeu.
Jâavais choisi une activitĂ©.
Préparé mon projet.
Ouvert un compte dédié.
Accompli les démarches.
Obtenu mon identité numérique.
PayĂ© ce qui devait lâĂȘtre.
Investi dans du matériel.
Accepté de prendre le risque économique.
Il ne restait donc plus quâune formalitĂ©.
Travailler.
Câest Ă ce moment-lĂ que jâai dĂ©couvert que possĂ©der une entreprise et possĂ©der un outil de travail ne signifiaient pas nĂ©cessairement que les deux pouvaient ĂȘtre utilisĂ©s ensemble aussi simplement que je lâavais imaginĂ©.
Mais ça, câest une autre salle dâattente.
Et surtout, le prochain article.
Duchesse conclut :
« Le premier euro gagné par une petite entreprise possÚde une particularité : il arrive souvent longtemps aprÚs les premiers euros dépensés. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Le chiffre dâaffaires est encore Ă zĂ©ro. Heureusement, les dĂ©penses fonctionnent parfaitement.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
đș
Puisquâavant de travailler il faut manifestement apprendre Ă patienter, Duchesse vous propose de mettre cette attente Ă profit.
đ Rendez-vous ici jeudi. đ
đȘ¶ NOTE FINALE
Aucune société sérieuse ne peut fonctionner sans administration.
Il faut enregistrer les entreprises, identifier leurs responsables, contrÎler certaines activités, collecter les cotisations et les impÎts, protéger les consommateurs et assurer un minimum de sécurité juridique.
La question nâest donc pas de savoir sâil faut des rĂšgles.
Elle est de savoir combien dâobstacles nous sommes prĂȘts Ă placer devant quelquâun qui cherche simplement Ă crĂ©er de lâactivitĂ© avant que ces rĂšgles commencent Ă produire lâeffet inverse de celui recherchĂ©.
Car derriÚre chaque formalité se trouve un coût rarement comptabilisé.
Du temps.
De lâargent.
De lâincertitude.
Et surtout du découragement.
Celui qui renonce au milieu dâune procĂ©dure nâapparaĂźt dans aucune statistique comme une entreprise empĂȘchĂ©e de naĂźtre. Il redevient simplement quelquâun qui ne travaille pas, ou qui travaillera autrement.
Câest peut-ĂȘtre lĂ que se situe lâun des angles morts du dĂ©bat français sur le travail.
Nous parlons beaucoup de ceux qui ne travaillent pas.
Beaucoup moins de ce quâil faut parfois traverser lorsquâils dĂ©cident de le faire. Les simplistes diront quâil suffit de traverser la rue.
Lâinjonction Ă lâautonomie nâa pourtant de sens que si lâautonomie est praticable.
Encourager lâinitiative tout en augmentant son coĂ»t dâaccĂšs revient Ă construire un escalier puis Ă sâĂ©tonner que ceux qui disposent de moins de moyens restent au rez-de-chaussĂ©e.
Ce premier volet ne raconte donc pas lâĂ©chec dâune crĂ©ation dâentreprise.
Au contraire.
Jâai continuĂ©.
Jâai rempli les formulaires, fourni les documents, payĂ© ce quâil fallait payer et attendu ce quâil fallait attendre.
Et câest prĂ©cisĂ©ment pour cette raison que lâexpĂ©rience mĂ©rite dâĂȘtre racontĂ©e.
Parce quâil est facile dâexpliquer que les gens devraient travailler davantage, entreprendre, se reconvertir, devenir autonomes ou crĂ©er leur propre activitĂ©.
Il est beaucoup plus instructif de suivre quelquâun qui prend ces injonctions au sĂ©rieux.
Je ne suis pas restĂ©e dans la salle dâattente.
Jâen ai trouvĂ© la sortie.
DerriĂšre, il y avait un autre guichet.
đŸ
đą Abonne-toi :
đ Instagram · đ Twitter (X) · đ Youtube
đ Le site officiel de Duchesse · đ La boutique officielle de Duchesse
đ Parce que je ne vis ni de croquettes ni dâeau fraĂźche


