đȘ¶ NOTE LIMINAIRE
Dans les deux premiers volets de ce triptyque, je voulais simplement travailler :
đ Premier article
đ Le deuxiĂšme
Jâai dâabord dĂ©couvert le parcours prĂ©cĂ©dant le premier euro. Puis quâun scooter achetĂ© pour livrer pouvait devenir moins pratique rĂ©glementairement quâun vĂ©lo Ă©lectrique effectuant exactement le mĂȘme travail.
Mais une économie est précisément constituée de millions de petites décisions : travailler, investir, créer, développer⊠ou renoncer.
La France cherche davantage de travail, dâactivitĂ© et de croissance.
Reste donc une question :
avons-nous construit un pays suffisamment propice au travail pour obtenir tout cela ?
Cette fois, mon expérience personnelle ne suffira plus.
Duchesse va regarder les chiffres.
I. LA FRANCE VEUT DU TRAVAIL
La France veut davantage de travail.
Il faudrait travailler plus longtemps, augmenter le taux dâemploi, financer les retraites, restaurer les comptes publics, produire davantage et retrouver de la croissance.
TrĂšs bien.
Mais avant dâexpliquer comment faire travailler davantage les Français, regardons ce quâils font dĂ©jĂ .
Car le diagnostic est plus intéressant que le traditionnel procÚs en paresse.
En 2025, 69,3 % des Français ĂągĂ©s de 15 Ă 64 ans Ă©taient en emploi, selon lâInsee. Câest le niveau le plus Ă©levĂ© enregistrĂ© depuis le dĂ©but de cette sĂ©rie en 1975. Le taux dâactivitĂ© atteignait parallĂšlement 75,1 %, lui aussi au plus haut depuis cinquante ans.
Les seniors travaillent Ă©galement davantage. Le taux dâemploi des 50-64 ans a atteint 69,2 % en 2025, soit 8,6 points de plus quâen 2015. Pour les 60-64 ans, il est passĂ© de 34,2 % en 2019 Ă 44,4 % en 2025.
Autrement dit, les Français nâont pas collectivement rangĂ© leurs chaussures de travail dans un placard.
Ils sont mĂȘme proportionnellement plus nombreux Ă travailler quâil y a quelques annĂ©es.
Cela ne signifie pas pour autant que la France a résolu son problÚme.
Au deuxiÚme trimestre 2026, 2,7 millions de personnes étaient encore au chÎmage, soit 8,3 % de la population active. Le taux a augmenté de 0,7 point en un an et retrouve son niveau le plus élevé depuis 2020, et avant cela depuis 2019.
Pendant ce temps, lâUnion europĂ©enne a elle aussi battu un record : en 2025, 76,1 % des EuropĂ©ens ĂągĂ©s de 20 Ă 64 ans Ă©taient en emploi. Certains pays dĂ©passaient mĂȘme 80 %, notamment Malte, les Pays-Bas et la TchĂ©quie. Les tranches dâĂąge utilisĂ©es par Eurostat et lâInsee nâĂ©tant pas identiques, il serait malhonnĂȘte de comparer directement ce 76,1 % europĂ©en aux 69,3 % français.
Mais le constat général demeure : plusieurs économies européennes parviennent à mobiliser une part trÚs importante de leur population en ùge de travailler.
Reste alors lâautre grand classique :
les Français travailleraient moins longtemps.
Cette fois, il y a effectivement quelque chose dans les chiffres.
LâOCDE indique pour la France 1 498 heures travaillĂ©es en moyenne par an, contre 1 736 heures pour la moyenne de lâOCDE prĂ©sentĂ©e dans son Ă©tude Ă©conomique 2026.
Mais compter les heures ne suffit pas davantage à comprendre une économie que compter les assiettes ne suffit à juger un restaurant.
Il faut regarder ce quâelles produisent.
LâOCDE mesure ainsi la productivitĂ© du travail par le PIB gĂ©nĂ©rĂ© pour chaque heure travaillĂ©e. Et cette productivitĂ© ne dĂ©pend pas seulement de lâeffort individuel : elle dĂ©pend aussi du capital disponible, des technologies, de lâorganisation et de lâefficacitĂ© avec laquelle tous ces Ă©lĂ©ments sont combinĂ©s.
Son Ă©tude Ă©conomique 2026 relĂšve dâailleurs que la productivitĂ© française a retrouvĂ© en 2025 son niveau antĂ©rieur Ă la pandĂ©mie, tout en soulignant que sa progression reste insuffisante et que lâĂ©cart de PIB par habitant avec les Ă©conomies les plus performantes demeure important.
Voilà qui complique légÚrement le portrait du Français allergique au travail.
Le problĂšme français nâest donc pas simplement celui du nombre dâheures effectuĂ©es par celui qui possĂšde dĂ©jĂ un emploi.
Il concerne Ă©galement le nombre de personnes que lâĂ©conomie parvient Ă faire entrer dans lâemploi, Ă le maintenir et la quantitĂ© de valeur produite par le travail ainsi mobilisĂ©.
Et cela change la question.
Si la France veut davantage dâactivitĂ©, elle peut chercher Ă augmenter le nombre dâheures travaillĂ©es.
Mais elle peut aussi chercher Ă faire travailler davantage de personnes, Ă faciliter leur entrĂ©e dans lâactivitĂ© et Ă rendre plus productive chaque heure dĂ©jĂ travaillĂ©e.
Dans tous les cas, le travail reste le résultat de millions de décisions individuelles.
Accepter un emploi.
Reprendre une activité.
Travailler quelques heures supplémentaires.
Créer une entreprise.
DĂ©velopper celle que lâon possĂšde dĂ©jĂ .
Investir.
Embaucher.
Prendre un risque dans lâespoir quâil rapporte davantage quâil ne coĂ»te.
La France a donc raison de chercher davantage de travail et dâactivitĂ©.
La question suivante devient simplement beaucoup plus intéressante :
quâavons-nous construit pour donner envie de les produire ?
combien demandons-nous Ă ceux qui essaient avant mĂȘme quâils aient commencĂ© ?
Et surtout : quâavons-nous Ă proposer ? Car beaucoup oublient quâune recherche dâemploi nâest pas quâune histoire individuelle.
Duchesse observe :
« Avant de demander aux Français de travailler davantage, encore faudrait-il vérifier ce qui leur donne envie de commencer. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Le travail ne pousse pas davantage parce quâon tire dessus.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
II. MAIS COMBIEN COĂTE LE DROIT DE TRAVAILLER ?
Ici, on attaque le cĆur du sujet.
Et je ne voudrais surtout pas réduire cette partie aux seules « charges ». Ce serait trop facile et probablement faux par simplification.
Le coĂ»t du travail nâest pas seulement fiscal.
Il y a dâabord ce que lâon mesure trĂšs bien : cotisations, prĂ©lĂšvements, fiscalitĂ© du travail, coĂ»t employeur, diffĂ©rence entre ce quâune entreprise dĂ©pense et ce quâun salariĂ© reçoit. On pourra regarder oĂč se situe rĂ©ellement la France par rapport aux pays comparables.
Mais il y a ensuite ce qui se mesure beaucoup moins facilement : le coût de la complexité.
Une heure consacrĂ©e Ă comprendre une rĂšgle est une heure qui nâest pas consacrĂ©e Ă produire.
Une formalité qui exige un professionnel extérieur devient une dépense.
Une réglementation incertaine peut retarder un investissement.
Une obligation parfaitement raisonnable pour une entreprise rĂ©alisant plusieurs millions dâeuros de chiffre dâaffaires peut devenir disproportionnĂ©e pour quelquâun qui souhaite gagner 500 ou 800 euros supplĂ©mentaires par mois.
Et câest ici que mon parcours retrouve sa place.
Jâai payĂ© avant de pouvoir facturer.
Jâai attendu avant de pouvoir travailler.
Jâai achetĂ© un vĂ©hicule avant de dĂ©couvrir que son remplacement pouvait rendre mon activitĂ© rĂ©glementairement plus simple.
Le point fondamental sera celui de la proportionnalité.
Cent euros de coĂ»t administratif ne reprĂ©sentent pas la mĂȘme chose pour une entreprise rĂ©alisant dix millions dâeuros de chiffre dâaffaires que pour une micro-entreprise qui nâa encore encaissĂ© aucun euro.
Dix heures de formalités non plus.
Et cela nous permet dâintroduire une notion Ă©conomique essentielle : le coĂ»t fixe dâentrĂ©e dans lâactivitĂ©.
Plus ce coĂ»t est Ă©levĂ©, plus il faut espĂ©rer gagner pour que lâactivitĂ© devienne intĂ©ressante.
Câest exactement ce qui sâest produit dans mon cas. Mon objectif initial Ă©tait relativement modeste. Pourtant, avant mĂȘme le premier revenu, il a fallu crĂ©er la structure, rĂ©gler certaines dĂ©marches, ouvrir/organiser les moyens de paiement, acheter du matĂ©riel, choisir un vĂ©hicule, lâassurer, lâĂ©quiper, puis Ă©ventuellement changer de vĂ©hicule.
Chaque obstacle pris sĂ©parĂ©ment peut ĂȘtre justifiable.
Câest leur addition qui nous intĂ©resse.
Ă combien faut-il espĂ©rer gagner pour que gagner un peu dâargent devienne rentable ?
Parce que lĂ , on touche au paradoxe central du triptyque.
La France peut parfaitement avoir conçu chaque rÚgle pour une bonne raison et obtenir malgré tout, par accumulation, un environnement dans lequel les petites initiatives deviennent proportionnellement les plus coûteuses à démarrer.
Duchesse calcule :
« Le premier euro nâest pas seulement le plus difficile Ă gagner. Câest parfois celui qui exige le plus gros investissement. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Ă zĂ©ro euro de chiffre dâaffaires, le retour sur investissement manque encore un peu dâenthousiasme.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
III. CE QUE LâĂCONOMIE NE VOIT PAS
Il existe une maniÚre assez simple de mesurer le coût du travail.
Les salaires, les cotisations, les impÎts ou les investissements laissent des traces : factures, déclarations, lignes comptables, statistiques.
Il existe en revanche un coût beaucoup plus difficile à mesurer :
ce qui nâa jamais Ă©tĂ© produit.
Lâentreprise qui nâa pas Ă©tĂ© créée.
Lâinvestissement reportĂ©.
Lâembauche qui nâa pas eu lieu.
Les heures que quelquâun a finalement dĂ©cidĂ© de ne pas travailler.
Ou simplement le projet qui semblait intĂ©ressant jusquâau moment oĂč quelquâun a sorti une calculatrice.
Câest ici que la question des incitations devient essentielle.
Travailler coĂ»te du temps, de lâeffort et parfois de lâargent. Lorsquâon travaille Ă son compte, on y ajoute du risque.
On accepte tout cela parce quâon espĂšre obtenir quelque chose en Ă©change.
Mais plus la distance augmente entre lâeffort fourni et le bĂ©nĂ©fice rĂ©ellement obtenu, plus la dĂ©cision peut changer.
On ne renonce pas nécessairement.
On peut travailler un peu moins.
Reporter un investissement.
Ne pas embaucher.
Maintenir volontairement une activité à sa taille actuelle.
Ou choisir une solution Ă©conomiquement moins efficace parce quâelle est administrativement plus simple.
Câest prĂ©cisĂ©ment ce que mon scooter vient dâillustrer.
Je ne renonce pas Ă travailler.
Jâavais choisi un scooter Ă©lectrique parce quâil me semblait ĂȘtre le meilleur outil pour effectuer mes livraisons. La rĂ©glementation mâincite dĂ©sormais Ă envisager un vĂ©lo Ă©lectrique.
Je continuerai donc Ă produire.
Mais une partie de mon temps et de mon capital aura Ă©tĂ© consacrĂ©e non pas Ă dĂ©velopper mon activitĂ©, mais Ă lâadapter au cadre dans lequel elle doit fonctionner.
Ă mon Ă©chelle, lâeffet est dĂ©risoire.
Quelques semaines.
Quelques centaines dâeuros perdus ou immobilisĂ©s.
Quelques heures consacrĂ©es Ă des dĂ©marches plutĂŽt quâĂ produire du chiffre dâaffaires.
La France survivra à mon changement de véhicule.
Le problĂšme apparaĂźt lorsquâon multiplie ce mĂ©canisme.
Car une économie entiÚre est faite de ces petites décisions.
Aucune de ces dĂ©cisions ne change le destin dâun pays.
Leur addition, si.
Il ne sâagit Ă©videmment pas dâaffirmer que toute rĂ©glementation serait inutile.
La question est celle de lâaccumulation.
Chaque rĂšgle peut avoir une excellente raison dâexister.
Mais celui qui doit toutes les appliquer ne prend finalement quâune dĂ©cision :
est-ce que cela vaut encore le coup ?
VoilĂ peut-ĂȘtre ce que nos statistiques mesurent le moins bien.
Nous savons compter les entreprises créées, les emplois, les heures travaillées et les investissements réalisés.
Nous savons beaucoup moins bien compter lâactivitĂ© qui aurait pu exister.
AprĂšs trois articles, la question devient donc assez simple :
combien dâactivitĂ© supplĂ©mentaire pourrions-nous obtenir en rendant simplement plus facile celle que les gens sont dĂ©jĂ disposĂ©s Ă produire ?
Mon expĂ©rience ne dĂ©montre pas quâil serait impossible de travailler en France.
Je continue précisément à essayer.
Elle montre quelque chose de plus intéressant :
il faut parfois consacrer beaucoup dâĂ©nergie Ă obtenir, organiser et adapter le travail avant de pouvoir consacrer cette Ă©nergie au travail lui-mĂȘme.
Pour une Ă©conomie qui en cherche davantage, ce nâest peut-ĂȘtre pas le meilleur endroit oĂč la dĂ©penser.
Duchesse conclut :
« Ă force de demander au travail de franchir des obstacles, il ne faut pas sâĂ©tonner quâune partie de son Ă©nergie soit dĂ©pensĂ©e avant la ligne de dĂ©part. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Le chiffre dâaffaires nâa toujours pas couru un mĂštre. Lâentrepreneuse, elle, est dĂ©jĂ bien Ă©chauffĂ©e, pour ne pas dire Ă©chaudĂ©e.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
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Puisque la France cherche du travail, Duchesse vous propose de vĂ©rifier ce quâelle fait Ă ceux qui essaient dâen produire.
đ Rendez-vous ici jeudi pour la vidĂ©o hebdomadaire. đ
đȘ¶ NOTE FINALE
Alors, la France est-elle encore propice au travail ?
Manifestement pas autant quâelle aurait intĂ©rĂȘt Ă lâĂȘtre.
Jâavais pourtant traversĂ© la rue pour travailler.
AprĂšs trois articles, je sais au moins une chose :
le problĂšme nâĂ©tait pas de trouver lâautre cĂŽtĂ©. CâĂ©tait le nombre de guichets ouverts sur le chemin.
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đ POUR ALLER PLUS LOIN
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đ Parce que je ne vis ni de croquettes ni dâeau fraĂźche


