La pornification du réel
Un regard n’est pas une invitation, le silence n’est pas un aveu
NOTE LIMINAIRE
Ce texte n’est pas né d’un incident isolé.
Il est né de situations répétées, observées dans différents lieux publics, à des moments différents de la vie.
Des lieux ordinaires, ouverts à tous, où chacun est censé venir pour une fonction claire et non équivoque.
Ce que je décris ici ne relève ni du désir en soi, ni de la morale, ni d’une guerre des sexes.
Il s’agit d’un glissement plus discret, plus insidieux : celui qui consiste à importer dans le réel des codes issus d’Internet, de la pornographie et des réseaux sociaux, jusqu’à brouiller les frontières entre regard, projection et interaction.
Quand tout devient commentable, interprétable, sexualisable, même en dehors de tout cadre consenti, le problème n’est plus individuel.
Il devient social.
Ce texte ne cherche pas à désigner des coupables.
Il vise à remettre de la clarté là où la confusion est devenue une habitude.
I. QUAND LE RÉEL DEVIENT COMMENTABLE
Il fut un temps où regarder n’impliquait rien de plus que regarder.
Un geste neutre, fugace, sans conséquence.
Aujourd’hui, ce simple acte est de plus en plus chargé d’arrière-plans, de sous-entendus, d’attentes implicites.
Internet et les réseaux ont profondément modifié notre rapport au visible.
Tout y est montré, découpé, commenté, évalué.
Les corps y deviennent des contenus.
Les réactions, des indices.
Les silences, des messages à interpréter.
Le problème n’est pas que ces espaces existent.
Le problème commence quand leurs codes débordent dans le réel.
Dans l’espace public, certains regards ne se contentent plus d’observer.
Ils racontent une histoire.
Ils fabriquent une intention là où il n’y a qu’une présence.
Ils transforment une situation banale en scène potentielle.
Ce glissement est subtil.
Il ne passe ni par la parole, ni par le geste explicite.
Il s’installe dans l’interprétation automatique :
« Si je regarde, c’est qu’il se passe quelque chose.
Si je ressens, c’est que l’autre y est pour quelque chose. »
À partir de là, le réel cesse d’être un espace partagé.
Il devient un support de projection.
Ce mécanisme est d’autant plus pernicieux qu’il se croit discret.
On ne dit rien.
On ne fait rien.
Mais on attend.
Et cette attente, même muette, pèse.
Elle transforme une simple présence en objet de lecture.
Elle installe une asymétrie invisible entre celui qui projette et celle qui est projetée.
Quand le réel devient commentable, il perd sa neutralité.
Et ce qui était un lieu commun devient, à l’insu de tous, une scène mentale privée.
Duchesse analyse :
« Quand le désir se prend pour le réel,
le théâtre commence. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Qui fait matière du grotesque de cours d’école.
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
II. UN REGARD N’EST PAS UNE INVITATION
Dans l’espace public, le regard est souvent chargé de plus qu’il ne contient réellement.
On lui prête une intention, une direction, parfois même une promesse.
Comme si voir impliquait vouloir, et vouloir appelait nécessairement une réponse.
Or un regard n’est, par nature, qu’un fait.
Il peut être bref, distrait, neutre.
Il peut même être appuyé sans pour autant constituer un message.
Ce qui lui est prêté relève moins de ce qu’il est que de ce que l’autre y projette.
La confusion commence quand une réaction intérieure est interprétée comme un signal extérieur.
Quand une sensation, une émotion, une réaction physiologique est déplacée hors de celui qui la ressent pour être imputée à l’autre.
Ce glissement est silencieux, mais lourd de conséquences.
Dans ce cadre, l’erreur la plus fréquente consiste à attendre de l’autre qu’il ou elle “fasse quelque chose”.
Qu’il anticipe.
Qu’il amortisse.
Qu’il rassure.
Qu’il transforme une perception unilatérale en interaction.
Mais rien, dans un regard, n’oblige à cela.
Le désir, s’il existe, n’est jamais présumé partagé.
Il n’est pas transmissible par télépathie.
Il ne s’impose pas par indices supposés.
Il se formule, ou il reste ce qu’il est : une expérience intérieure.
Attendre qu’une femme prenne en charge une réaction qui ne lui appartient pas, c’est déjà déplacer la responsabilité.
C’est lui demander de gérer une situation qui n’existe que dans l’imaginaire de l’autre.
Un regard n’est pas une invitation.
C’est une présence qui traverse l’espace, rien de plus.
Tout ce qui dépasse ce cadre relève d’une interprétation, jamais d’un fait.
Duchesse écoute Allô réseau de Bon entendeur :
« Un regard, ce n’est pas un appel. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Le numéro que vous avez demandé n’est plus attribué.
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
III. LE SILENCE N’EST PAS UN AVEU
Dans une culture saturée de commentaires, le silence dérange.
Il inquiète.
Il est aussitôt interprété, rempli, surchargé de sens qu’il n’a jamais porté.
Ne pas répondre devient suspect.
Ne pas réagir devient stratégique.
Ne pas entrer dans l’échange devient une faute.
Or le silence n’est pas un message codé.
Il n’est ni un jeu, ni une ruse, ni une manière détournée de dire oui ou non.
Il est souvent ce qu’il est :
une absence de réponse parce qu’il n’y avait rien à quoi répondre.
La confusion commence lorsque le silence est lu comme un refus humiliant, une provocation, ou pire, une manipulation.
Comme si toute interaction supposée devait être validée, amortie, expliquée.
Comme si le simple fait de ne pas nourrir une projection constituait une violence.
C’est ici que la punition sociale entre en scène.
On reproche alors à celle qui se tait d’être froide, distante, hautaine.
On la rend responsable du malaise que d’autres n’ont pas su gérer.
On transforme son calme en intention, sa retenue en arrogance.
Le silence devient coupable non pas pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il refuse de faire :
participer à un scénario qu’elle n’a jamais choisi.
Mais se taire n’est pas accuser.
Se taire n’est pas mépriser.
Se taire n’est pas dominer.
Se taire, dans bien des cas, est simplement une manière de rester à sa place.
De ne pas déplacer la responsabilité.
De ne pas transformer une projection unilatérale en relation fictive.
Le silence n’est pas un aveu.
Il est souvent un cadre.
Et ce cadre protège.
Duchesse taxée de grande muette :
« Le silence n’est pas un aveu. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
C’est toute une éducation qu’il faut refaire !
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
IV. LE MIROIR PLUTÔT QUE L’ÉCHO
Lorsqu’un désir, une attente ou une projection ne reçoit aucune réponse, il ne disparaît pas.
Il revient à son point d’origine.
Ce retour n’a rien de spectaculaire.
Il ne fait pas de bruit.
Il ne s’annonce pas.
Il agit comme un miroir.
Dans une logique d’écho, chacun attend un renvoi.
Un signe.
Une validation, même minimale.
L’écho rassure parce qu’il prolonge le mouvement, même à vide.
Le miroir, lui, fait autre chose.
Il renvoie exactement ce qui a été projeté, sans l’adoucir, sans le transformer.
Il ne répond pas.
Il montre.
C’est souvent là que naît le malaise.
Non pas parce qu’une injustice serait commise, mais parce que l’absence d’écho empêche toute mise en récit confortable.
Ce qui était censé devenir interaction reste une perception unilatérale.
Ce qui devait se prolonger se referme.
Le miroir n’humilie pas.
Il ne punit pas.
Il ne provoque rien.
Il oblige simplement à voir ce qui, jusque-là, pouvait être attribué à l’autre :
une attente,
une frustration,
un manque,
ou une confusion de registre.
Ce face-à-face est inconfortable pour ceux qui espéraient un scénario.
Il l’est d’autant plus que personne, en face, n’a rien fait de particulier.
Aucun refus appuyé.
Aucune attaque.
Aucune mise à distance théâtrale.
Juste une continuité.
Lorsque le réel cesse de renvoyer un écho, il ne devient pas hostile.
Il devient lisible.
Et ce que chacun fait de ce reflet ne relève plus d’une relation.
Mais de sa propre responsabilité.
Duchesse chante Alouette, gentille alouette :
« Le miroir ne juge pas, il révèle. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Elle repère facilement les miroirs aux alouettes.
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
V. LA DÉSIRABILITÉ N’EST PAS UNE DETTE
Être perçue comme désirable est un fait extérieur.
Une appréciation.
Un ressenti qui naît chez l’autre, sans consultation préalable.
Mais cette perception n’engage rien.
Elle ne crée ni obligation, ni contrepartie, ni devoir de réponse.
Elle ne fonde aucun droit.
Elle ne transforme pas une personne en interlocutrice désignée, encore moins en redevable.
Le malentendu commence quand la désirabilité est traitée comme une monnaie.
Quand certains estiment qu’elle doit circuler, se rendre, se compenser.
Un sourire en échange.
Une attention en retour.
Une disponibilité implicite.
Cette logique est profondément erronée.
La désirabilité n’est pas un contrat tacite.
Ce n’est pas une promesse silencieuse.
Ce n’est pas un appel déguisé à entrer en relation.
C’est une projection.
Et comme toute projection, elle appartient à celui qui la produit.
Le statut réel ou supposé d’une femme ne change rien à cela.
Ni son passé.
Ni la manière dont elle est regardée.
Ni les fantasmes qu’elle suscite.
Rien ne transforme une perception en créance.
Ce qui est souvent vécu comme une injustice par certains
— ne pas être reconnu, accueilli, validé —
n’est en réalité que la confrontation à une règle simple :
personne ne doit répondre à ce qui n’a jamais été demandé.
La violence symbolique naît précisément quand cette règle est refusée.
Quand l’absence de retour est interprétée comme un affront.
Quand la neutralité devient une faute.
Quand l’autonomie est vécue comme une provocation.
Rappeler que la désirabilité n’est pas une dette,
ce n’est pas nier le désir.
C’est le remettre à sa place.
Dans l’intime, pas dans l’espace public.
Dans la parole, pas dans la supposition.
Dans la responsabilité individuelle, pas dans l’exigence adressée à l’autre.
Duchesse quitte la scène :
« La désirabilité n’est pas une dette. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Vous attendiez quelque chose, peut-être ?
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
VI. L’ESPACE PUBLIC N’EST PAS UNE SCÈNE
L’espace public repose sur un principe simple : il est partagé.
Il n’appartient à personne en particulier, et surtout pas à ceux qui y projettent leurs scénarios personnels.
On y circule pour une raison précise.
On y exerce une activité.
On y respecte un cadre commun, conçu justement pour éviter que les désirs individuels ne deviennent des règles implicites.
Pourtant, il arrive que certains lieux soient progressivement investis comme des territoires privés.
Par l’habitude.
Par l’entre-soi.
Par la confusion entre présence régulière et autorité informelle.
Dans ces contextes, la frontière se brouille.
Ce qui relève du règlement est remplacé par ce qui “se fait”.
Ce qui est permis par ce qui est toléré.
Et ce qui dérange par ce qui devrait se taire.
L’espace public devient alors une scène.
Une scène où certains s’autorisent à observer, commenter, interpréter.
Une scène où d’autres sont sommées de se justifier, de se faire discrètes, ou de répondre à des attentes qu’elles n’ont jamais formulées.
Cette dérive est dangereuse, parce qu’elle inverse les rôles.
Ce n’est plus celui qui projette qui sort du cadre,
c’est celui qui refuse la projection qui est mis à l’écart.
Rappeler que l’espace public n’est pas une scène, ce n’est pas réclamer un privilège.
C’est rappeler une règle commune.
Celle qui permet à chacun d’exister sans être assigné à un rôle.
Dans un espace public sain,
on ne commente pas les corps,
on n’exige pas des réponses,
on ne transforme pas les présences en intrigues.
On respecte le cadre.
Et le cadre protège tout le monde.
Duchesse se regarde dans le miroir :
« L’espace public n’est pas une scène. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Elle ne joue pas au clown des mises en scènes sociales.
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
NOTE FINALE
La pornification du réel ne commence pas avec le désir.
Elle commence avec l’idée que toute présence appelle une réponse, que tout regard appelle un échange, que tout silence dissimule une intention.
Refuser cette logique n’est ni une provocation ni une stratégie.
C’est un refus de jouer un rôle qui n’a jamais été choisi.
Un regard n’est pas une invitation.
Le silence n’est pas un aveu.
Et l’espace public n’est pas une scène où chacun serait sommé de répondre aux projections des autres.
Lorsque le réel cesse de renvoyer un écho et agit comme un miroir, le malaise qui surgit n’est pas une injustice.
C’est une confrontation.
À chacun alors de reprendre la responsabilité de ce qu’il projette, de ce qu’il attend, et de ce qu’il croit pouvoir exiger.
Tout le reste n’ajoute rien à la compréhension.
Il fait seulement du bruit.
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