đ„œ Les Leçons du grand bain
Prologue : pourquoi raconter cette histoire ?
đȘ¶ NOTE LIMINAIRE
Je me suis mise Ă la natation sportive il y a bientĂŽt quatre ans. Pendant plusieurs mois, jâai suivi une formation au BNSSA pour devenir sauveteuse aquatique.
Jây suis entrĂ©e avec lâenthousiasme dâune adulte qui dĂ©cide dâapprendre un nouveau mĂ©tier. Jâen suis ressortie avec bien davantage quâun simple retour dâexpĂ©rience sur le secourisme et la surveillance des baignades.
Cette sĂ©rie ne raconte pas seulement une formation. Elle interroge sur la maniĂšre dont nos institutions accueillent ceux qui nâempruntent pas le chemin attendu.
Si les formations veulent attirer davantage de candidats, elles doivent aussi accepter de regarder leurs propres pratiques.
Les Leçons du grand bain sont le rĂ©cit dâune expĂ©rience. Elles sont aussi une invitation Ă rĂ©flĂ©chir.
I. CE QUE JE CROYAIS APPRENDRE
Lorsque je me suis inscrite Ă la formation du BNSSA, je nâavais pas vingt ans. Je nâĂ©tais pas issue dâun club de natation. Je nâavais pas grandi au bord dâun bassin avec plusieurs entraĂźnements par semaine.
Jâavais quarante-cinq ans, un parcours atypique et une conviction simple : il nâest jamais trop tard pour apprendre.
Je savais que cette formation serait exigeante. Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui mâattirait. Je nây cherchais ni un diplĂŽme facile, ni une validation symbolique.
Je voulais acquĂ©rir des compĂ©tences rĂ©elles, ĂȘtre capable de porter secours, de prĂ©venir un accident, dâassurer la sĂ©curitĂ© des autres.
Depuis plusieurs annĂ©es, la natation occupait dĂ©jĂ une place importante dans ma vie. Ă force dâentraĂźnement, dâessais, dâerreurs et de persĂ©vĂ©rance, jâavais appris Ă mieux nager. Jâavais dĂ©couvert lâeau libre, travaillĂ© ma technique, repoussĂ© progressivement mes limites.
Cette progression ne sâĂ©tait pas faite en quelques semaines. Elle Ă©tait le rĂ©sultat de centaines dâheures passĂ©es dans lâeau.
Je pensais donc entrer dans une formation dont la vocation serait de transmettre un savoir-faire. Jâimaginais des difficultĂ©s, bien sĂ»r. Jâimaginais des exigences physiques.
Jâimaginais aussi une pĂ©dagogie construite pour accompagner des candidats venus dâhorizons diffĂ©rents.
Je me trompais sur un point essentiel.
Ce que jâallais dĂ©couvrir ne concernait pas seulement les techniques de sauvetage ou les exigences du BNSSA.
Cette formation allait devenir, pour moi, une observation grandeur nature de la maniĂšre dont une institution accueille ceux qui ne correspondent pas au parcours attendu.
Le grand bain nâĂ©tait pas seulement celui du bassin. CâĂ©tait aussi celui des reprĂ©sentations, des habitudes et des mĂ©canismes qui façonnent le regard portĂ© sur les candidats.
Duchesse observe :
« On entre souvent dans une formation pour apprendre un métier.
On en ressort parfois avec une leçon sur les institutions. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
AprĂšs quelques longueurs administratives.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
II. CE QUE JâAI DĂCOUVERT
Lorsque les premiĂšres sĂ©ances ont commencĂ©, je pensais que mes principaux obstacles seraient physiques. Je mâattendais Ă devoir gagner quelques secondes sur un chronomĂštre, amĂ©liorer une technique, apprendre des gestes nouveaux.
TrĂšs vite, jâai compris que le vĂ©ritable dĂ©fi serait ailleurs.
Les difficultés ne venaient pas uniquement des exercices. Elles naissaient aussi de ce qui les entourait : les attentes implicites, les habitudes, les parcours considérés comme « normaux » et ceux qui semblaient susciter davantage de doutes.
Je dĂ©couvrais progressivement quâune formation ne transmet pas seulement des connaissances. Elle vĂ©hicule aussi une certaine reprĂ©sentation du candidat idĂ©al. Celui qui arrive jeune. Celui qui a grandi dans un club. Celui qui possĂšde dĂ©jĂ les automatismes. Celui dont le parcours rassure avant mĂȘme quâil nâentre dans lâeau.
Je nâentrais dans aucune de ces catĂ©gories.
JâĂ©tais une adulte en reconversion. Une autodidacte. Une nageuse formĂ©e loin des schĂ©mas traditionnels. Jâapprenais beaucoup en observant, en analysant et en expĂ©rimentant. Ce fonctionnement, qui mâavait permis de progresser pendant plusieurs annĂ©es, semblait parfois dĂ©router davantage quâil nâĂ©tait compris.
Au fil des semaines, une autre Ă©vidence sâest imposĂ©e.
Les difficultés techniques finissent souvent par se résoudre avec du travail. Les représentations, elles, sont beaucoup plus résistantes.
Elles influencent les regards, les attentes et parfois mĂȘme la maniĂšre dont chacun trouve sa place dans une formation.
Câest cette dĂ©couverte, bien plus que les exercices eux-mĂȘmes, qui mâa donnĂ© envie dâĂ©crire cette sĂ©rie.
Duchesse note :
« Les gestes sâapprennent. Les prĂ©jugĂ©s se transmettent. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Les regards forgent parfois les caractĂšres.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
III. POURQUOI CETTE SĂRIE
Jâaurais pu rĂ©sumer cette expĂ©rience en un seul article. Il aurait Ă©tĂ© plus rapide Ă Ă©crire. Plus rapide Ă lire aussi. Mais il aurait Ă©tĂ© incomplet.
Ce que jâai vĂ©cu ne se rĂ©sume ni Ă une anecdote, ni Ă une dĂ©ception personnelle.
Une institution ne se comprend pas Ă travers un seul Ă©vĂ©nement. Elle se rĂ©vĂšle dans lâaccumulation de situations qui, prises sĂ©parĂ©ment, paraissent parfois anodines, mais qui, mises bout Ă bout, dessinent un fonctionnement.
Câest pourquoi Les Leçons du grand bain prendront la forme dâune sĂ©rie.
Le premier Ă©pisode sâinterrogera sur une question simple : une formation est-elle conçue pour apprendre un mĂ©tier ou pour sĂ©lectionner ceux qui possĂšdent dĂ©jĂ les codes ?
Le deuxiĂšme abordera le regard portĂ© sur les candidats qui empruntent un parcours diffĂ©rent, notamment lorsquâils commencent tard une nouvelle discipline.
Le troisiĂšme sera consacrĂ© Ă la place des autodidactes, Ă leur maniĂšre dâapprendre et Ă la façon dont leurs compĂ©tences sont parfois perçues.
Le quatriĂšme Ă©largira la rĂ©flexion Ă lâaccumulation de biais, de prĂ©supposĂ©s et de mĂ©canismes qui, selon mon analyse, peuvent transformer une succession de situations en un vĂ©ritable systĂšme.
Enfin, le cinquiĂšme Ă©pisode reviendra sur ce que cette formation mâa finalement appris. Non pas seulement sur la natation ou le sauvetage, mais sur les institutions, lâapprentissage et la maniĂšre dont on continue dâavancer lorsque le chemin prĂ©vu nâexiste pas.
Je nâattends pas du lecteur quâil partage chacune de mes conclusions. JâespĂšre simplement quâil prendra le temps de parcourir cette rĂ©flexion dans son ensemble.
Car une expĂ©rience ne prend tout son sens que lorsquâon accepte dâen examiner chaque longueur, avant de prĂ©tendre connaĂźtre la profondeur du bassin.
Duchesse conclut :
« Les institutions se racontent rarement en un seul épisode.
Elles se comprennent dans la répétition. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Les habitudes révÚlent parfois ce que les discours dissimulent.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
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Il est plus facile de corriger une technique que de corriger un préjugé.
Duchesse les montre en vidéo chaque semaine.
đ Rendez-vous ici jeudi đ
đȘ¶ NOTE FINALE
Au fil de cette sĂ©rie, il sera question de natation, dâapnĂ©e, de sauvetage et de formation. Mais il sera surtout question de ce qui se passe lorsquâun parcours atypique rencontre une institution qui fonctionne selon ses propres habitudes.
Je ne prĂ©tends pas raconter toutes les formations, ni tous les formateurs. Je raconte une expĂ©rience. La mienne. Chacun en tirera les conclusions quâil souhaite.
Si ces chroniques peuvent nourrir une réflexion sur la maniÚre dont nous accueillons ceux qui apprennent autrement, alors elles auront atteint leur objectif.
La premiĂšre leçon commence lĂ oĂč beaucoup de formations disent commencer : au bord du bassin.
Elle montrera pourquoi certaines formations semblent parfois davantage conçues pour reconnaßtre des compétences déjà acquises que pour les construire.
Ă suivre la semaine prochaine...
Les Leçons du grand bain I : une formation ou un concours déguisé ?
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đ Parce que je ne vis ni de croquettes ni dâeau fraĂźche
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