đ„œ Les Leçons du grand bain I
Une formation ou un concours déguisé ?
đȘ¶ NOTE LIMINAIRE
Une formation poursuit en principe deux objectifs : transmettre des compĂ©tences et vĂ©rifier quâelles sont acquises.
Ces deux missions sont complĂ©mentaires. Lâune prĂ©pare. Lâautre Ă©value.
Mais que se passe-t-il lorsque la frontiĂšre entre les deux devient floue ? Lorsquâun candidat a parfois le sentiment que lâon attend de lui des automatismes avant mĂȘme de les lui avoir enseignĂ©s ?
Cette premiÚre Leçon du grand bain ne prétend pas répondre à toutes les questions. Elle en pose une qui dépasse largement le cadre du BNSSA.
Une formation est-elle conçue pour faire grandir ceux qui viennent apprendre... ou pour distinguer plus rapidement ceux qui savent déjà ?
I. UNE PROMESSE
Lorsque je me suis inscrite au BNSSA, je savais que la formation serait exigeante.
Je savais quâil faudrait apprendre des techniques de sauvetage, perfectionner ma nage, mĂ©moriser des procĂ©dures et rĂ©ussir des Ă©preuves physiques. Rien de tout cela ne mâinquiĂ©tait. Une formation sĂ©rieuse est, par dĂ©finition, une formation qui demande des efforts.
Jâavais choisi dây consacrer du temps, de lâĂ©nergie et de nombreuses heures dâentraĂźnement parce que je considĂ©rais quâune responsabilitĂ© aussi importante que la surveillance des baignades ne pouvait sâimproviser.
Je ne venais pas chercher un diplÎme. Je venais chercher des compétences.
Pour moi, une formation nâest pas un simple passage obligĂ© entre une inscription et un examen. Câest un lieu oĂč lâon apprend ce que lâon ne sait pas encore faire. Câest un espace oĂč lâerreur nâest pas une faute, mais une Ă©tape. Câest un temps consacrĂ© Ă transformer un candidat motivĂ© en professionnel compĂ©tent.
Jâabordais donc cette aventure avec humilitĂ©. Je savais que je nâavais pas le parcours habituel. Je nâavais pas grandi dans un club de natation. Je nâavais pas accumulĂ© des annĂ©es de compĂ©tition. JâĂ©tais arrivĂ©e dans cet univers Ă quarante et un ans, aprĂšs avoir dĂ©couvert la natation sportive sur le tard.
Cette diffĂ©rence ne me paraissait pas ĂȘtre un handicap. Au contraire. Elle reprĂ©sentait prĂ©cisĂ©ment la raison dâĂȘtre dâune formation : permettre Ă des personnes venues dâhorizons diffĂ©rents dâacquĂ©rir les mĂȘmes compĂ©tences, quelles que soient leurs expĂ©riences passĂ©es.
Ă cet instant, je pensais encore que câĂ©tait exactement la mission que sâĂ©tait donnĂ©e cette formation.
Duchesse observe :
« Former, ce nâest pas vĂ©rifier ce que quelquâun sait dĂ©jĂ . Câest lui permettre de savoir demain ce quâil ignorait hier. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Les raccourcis pédagogiques finissent souvent par allonger les parcours.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
II. LE PREMIER DOUTE
Les premiĂšres sĂ©ances ont rapidement fait naĂźtre une question que je ne mâattendais pas Ă me poser.
Jâavais intĂ©grĂ© cette formation pour apprendre. Pourtant, jâavais parfois le sentiment que certains savoir-faire Ă©taient considĂ©rĂ©s comme dĂ©jĂ acquis.
Les dĂ©monstrations Ă©taient souvent brĂšves. Les explications allaient Ă lâessentiel. Les exercices sâenchaĂźnaient rapidement. Pour les candidats issus de clubs ou habituĂ©s Ă cet environnement, cela paraissait sans doute naturel. Pour dâautres, cela supposait de comprendre des gestes, des enchaĂźnements ou des automatismes qui nâavaient jamais rĂ©ellement Ă©tĂ© construits.
Je ne remets pas en cause lâexigence. Elle est indispensable lorsquâil sâagit de former des sauveteurs.
En revanche, je me suis souvent interrogĂ©e sur la place accordĂ©e Ă la pĂ©dagogie. Une exigence Ă©levĂ©e nâest pas incompatible avec un accompagnement prĂ©cis. Bien au contraire.
Plus un mĂ©tier engage la responsabilitĂ© dâautrui, plus la transmission des savoirs me paraĂźt essentielle.
Au fil des sĂ©ances, jâai commencĂ© Ă travailler en dehors de la formation pour comprendre ce qui me manquait rĂ©ellement. Je regardais des dĂ©monstrations, jâanalysais mes propres mouvements, je dĂ©composais les gestes, je recommençais jusquâĂ ce quâils deviennent naturels.
Peu Ă peu, une idĂ©e sâest imposĂ©e Ă moi.
Lorsque je progressais, ce nâĂ©tait pas parce que certains exercices Ă©taient devenus plus faciles. CâĂ©tait parce que jâavais enfin compris ce quâils attendaient de moi.
La différence est considérable.
Un exercice difficile peut toujours ĂȘtre appris. Un exercice dont les attentes demeurent implicites oblige souvent le candidat Ă construire lui-mĂȘme une partie de sa formation.
Duchesse note :
« Les concours récompensent les acquis. Les formations devraient construire les compétences. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
On ne demande pas Ă une bouĂ©e de savoir nager avant de la jeter Ă lâeau.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
III. UNE QUESTION QUI DĂPASSE LE BNSSA
Au fil de cette formation, une question a progressivement remplacé toutes les autres.
Elle ne concernait plus les temps à réaliser, les techniques de sauvetage ou les exercices à réussir.
Elle concernait le rĂŽle mĂȘme dâune formation.
Une institution est-elle conçue pour accompagner des personnes venues dâhorizons diffĂ©rents jusquâĂ un mĂȘme niveau de compĂ©tence ? Ou tend-elle, parfois sans mĂȘme sâen rendre compte, Ă privilĂ©gier ceux qui maĂźtrisent dĂ©jĂ les codes de son univers ?
Cette interrogation dépasse largement le BNSSA.
Elle concerne toutes les formations qui accueillent des adultes en reconversion, des autodidactes, des personnes ayant empruntĂ© un chemin moins conventionnel. Elle interroge notre maniĂšre de transmettre, mais aussi notre maniĂšre dâĂ©valuer.
Car un candidat qui apprend diffĂ©remment nâest pas nĂ©cessairement un candidat moins capable. Il est parfois simplement un candidat qui a besoin que lâon explicite ce que dâautres ont acquis ailleurs.
Plus jâavançais, plus je comprenais que cette rĂ©flexion mĂ©ritait dâĂȘtre menĂ©e. Non pour remettre en cause lâexigence dâune profession qui engage des responsabilitĂ©s considĂ©rables, mais pour sâinterroger sur la façon dont cette exigence est transmise.
Une formation révÚle rarement sa vocation dans le niveau de difficulté de ses épreuves.
Elle la révÚle dans la maniÚre dont elle accompagne ceux qui franchissent, pour la premiÚre fois, le bord du bassin.
Duchesse conclut :
« Une institution révÚle souvent sa vocation dans la maniÚre dont elle accueille les débutants. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Lâavenir dâune vocation se joue parfois dans le premier accueil.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
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Les acquis ouvrent parfois des portes. Les compétences permettent de les franchir toutes.
Duchesse monte en compétence en vidéo chaque semaine.
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đȘ¶ NOTE FINALE
Cette premiĂšre Leçon du grand bain ne remet pas en cause la nĂ©cessitĂ© dâune formation exigeante.
Lorsquâil sâagit de sauver des vies, lâexigence nâest pas une option. Elle est une responsabilitĂ©.
En revanche, une question demeure.
Une formation exigeante doit-elle supposer des compétences déjà acquises... ou se donner pour mission de les construire ?
Au cours des prochains épisodes, cette réflexion prendra une autre dimension.
Car au-delĂ des mĂ©thodes pĂ©dagogiques, jâai progressivement dĂ©couvert que certains parcours semblaient inspirer davantage de confiance que dâautres. Non pas en raison des compĂ©tences dĂ©montrĂ©es, mais parfois en raison de lâĂąge, du parcours ou des reprĂ©sentations qui leur Ă©taient associĂ©es.
Le prochain article sâintĂ©ressera Ă lâune de ces reprĂ©sentations.
Pourquoi paraĂźt-il si naturel dâapprendre Ă vingt ans... et parfois si surprenant de commencer Ă quarante-cinq ?
Ă suivre...
đ„œ Les Leçons du grand bain II : le candidat qui arrivait trop tard
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đ Parce que je ne vis ni de croquettes ni dâeau fraĂźche


