đȘ¶ NOTE LIMINAIRE
On confond parfois deux choses : la maniĂšre dâapprendre et la capacitĂ© dâapprendre.
Les institutions ont naturellement besoin de repĂšres. Ils facilitent la transmission, permettent dâĂ©valuer les acquis et donnent des repĂšres communs. Mais aucun cadre ne peut contenir toutes les trajectoires humaines.
Certains avancent guidĂ©s par un professeur. Dâautres par la curiositĂ©, lâexpĂ©rience ou lâobstination. Les premiers suivent un chemin dĂ©jĂ tracĂ©. Les seconds en dessinent parfois un nouveau.
Lâautodidacte nâest pas celui qui refuse dâapprendre. Câest celui qui accepte dâĂȘtre son premier enseignant.
Cette troisiÚme Leçon du grand bain ne cherche pas à savoir quelle voie est la meilleure. Elle pose une question plus simple :
Sommes-nous capables de reconnaßtre une compétence lorsque son parcours ne ressemble pas à celui que nous attendions ?
I. APPRENDRE HORS DU CADRE
Il existe une image tenace de lâautodidacte.
On lâimagine souvent solitaire, mĂ©fiant envers les enseignants, convaincu quâil peut tout dĂ©couvrir par lui-mĂȘme. Cette caricature est confortable, mais elle correspond rarement Ă la rĂ©alitĂ©.
Ătre autodidacte ne signifie pas apprendre seul. Cela signifie prendre la responsabilitĂ© de son propre apprentissage.
Lâautodidacte lit, observe, expĂ©rimente, Ă©choue, recommence. Il regarde des dĂ©monstrations, Ă©coute ceux qui savent, confronte plusieurs mĂ©thodes, cherche Ă comprendre plutĂŽt quâĂ reproduire. Son professeur nâest pas une personne unique. Câest un ensemble de livres, de rencontres, de vidĂ©os, dâessais et dâerreurs qui finissent par former une pĂ©dagogie personnelle.
Cette liberté possÚde un prix.
Personne ne construit le programme à sa place. Personne ne lui indique si sa progression est suffisante. Personne ne lui remet de diplÎme à chaque étape franchie.
Lâautodidacte avance sans autre garantie que les rĂ©sultats quâil obtient lui-mĂȘme.
Cette maniĂšre dâapprendre ne remplace pas une formation. Elle ne la contredit pas davantage. Elle rĂ©pond simplement Ă une autre rĂ©alitĂ© : celle des personnes qui dĂ©couvrent une passion Ă trente, quarante ou cinquante ans, ou qui choisissent de reprendre leur vie en main lorsque le moment leur paraĂźt enfin venu.
Les parcours atypiques ne sont pas des exceptions Ă corriger. Ils rappellent simplement quâil existe plusieurs façons de construire une mĂȘme compĂ©tence.
Duchesse observe :
« LâĂ©cole ouvre souvent une porte.
La curiositĂ© apprend parfois Ă en ouvrir dâautres. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Les diplÎmes racontent un parcours. Les compétences racontent une personne.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
II. QUAND LE PARCOURS RASSURE DAVANTAGE QUE LA COMPĂTENCE
Une institution ne peut pas observer chaque heure dâentraĂźnement, chaque lecture ou chaque expĂ©rience qui ont conduit une personne jusquâĂ une compĂ©tence.
Elle a donc besoin de repĂšres.
Le diplĂŽme en est un. Les certifications en sont dâautres. Elles permettent dâĂ©valuer rapidement un niveau supposĂ©, sans avoir Ă reconstruire tout le chemin parcouru.
Câest un fonctionnement comprĂ©hensible.
Le problĂšme apparaĂźt lorsque le parcours finit par prendre plus de place que la compĂ©tence elle-mĂȘme.
Deux personnes peuvent rĂ©ussir un mĂȘme exercice. Pourtant, si lâune possĂšde un parcours conventionnel et lâautre un itinĂ©raire plus atypique, le regard portĂ© sur leur rĂ©ussite nâest pas toujours le mĂȘme.
Chez la premiĂšre, la rĂ©ussite semble confirmer ce que lâon attendait dĂ©jĂ .
Chez la seconde, elle peut parfois susciter davantage de surprise... ou davantage de méfiance.
Comme si une compĂ©tence devenait plus difficile Ă reconnaĂźtre lorsquâelle ne sâappuie pas sur le rĂ©cit habituel.
Cette rĂ©action dĂ©passe largement le cadre dâune formation.
Nous accordons spontanĂ©ment davantage de confiance Ă ce qui nous est familier. Ce rĂ©flexe est profondĂ©ment humain. Il devient cependant problĂ©matique lorsquâil conduit Ă Ă©valuer une personne dâabord par lâhistoire de son apprentissage, avant dâobserver ce quâelle sait rĂ©ellement faire.
Au fond, la compétence ne devrait jamais dépendre de la maniÚre dont elle a été acquise.
Elle devrait dâabord se mesurer Ă ce quâelle permet dâaccomplir.
Duchesse note :
« Les parcours expliquent parfois une compétence.
Ils ne devraient jamais la remplacer. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Les habitudes reconnaissent les itinéraires. Les compétences tracent leur propre route.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
III. CE QUE LES AUTODIDACTES APPORTENT AUX INSTITUTIONS
Lorsquâun autodidacte entre dans une formation, il nâarrive pas les mains vides.
Il apporte avec lui des habitudes de recherche, des heures dâexpĂ©rimentation, des erreurs quâil a dĂ» comprendre seul, des questions quâil sâest posĂ©es sans attendre quâun exercice les fasse apparaĂźtre.
Son parcours ne remplace pas celui proposĂ© par la formation. Il vient sây ajouter.
Câest prĂ©cisĂ©ment cette diffĂ©rence qui peut parfois dĂ©stabiliser.
Lâautodidacte ne suit pas toujours les raisonnements attendus. Il propose dâautres mĂ©thodes, pose des questions auxquelles personne nâavait pensĂ© ou relie des connaissances venues dâunivers diffĂ©rents.
Cette libertĂ© peut ĂȘtre perçue comme une richesse.
Elle peut aussi ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme une remise en cause du cadre existant. Elle peut aussi ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme une remise en cause dâun cadre devenu trop rigide.
Pourtant, aucune institution ne progresse en ne rencontrant que des personnes qui lui ressemblent.
Les parcours atypiques obligent parfois Ă expliquer ce qui semblait Ă©vident. Ils rĂ©vĂšlent les habitudes, interrogent les automatismes et rappellent quâune mĂ©thode nâest pas nĂ©cessairement la seule possible.
Former ne consiste pas seulement Ă transmettre un savoir.
Câest aussi accepter que ceux que lâon forme puissent, Ă leur tour, enrichir la formation.
Lâautodidacte nâest donc pas un Ă©lĂšve incomplet.
Il est souvent la preuve quâune vocation peut naĂźtre bien avant quâune institution ne la reconnaisse.
Duchesse conclut :
« Les institutions transmettent des savoirs.
Les parcours inattendus leur rappellent quâelles peuvent encore apprendre. »
â Griffes affĂ»tĂ©es dans une patte de velours.
Les certitudes construisent des habitudes. Les rencontres construisent le progrĂšs.
#LesMaximesDeDuchesse đŸ
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La diffĂ©rence est souvent mal acceptĂ©e par lâintolĂ©rance. Elle est pourtant souvent la clĂ© du changement.
Elle prend vie en vidéo chaque semaine.
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đȘ¶ NOTE FINALE
Les autodidactes ne demandent pas que leur parcours soit préféré à un autre.
Ils demandent simplement quâil puisse ĂȘtre regardĂ© avec la mĂȘme exigence... et la mĂȘme impartialitĂ©.
Car une compĂ©tence nâa pas de mĂ©moire.
Elle ne se souvient ni de lâĂąge auquel elle a Ă©tĂ© acquise, ni du diplĂŽme qui lâa prĂ©cĂ©dĂ©e, ni des chemins quâil a fallu emprunter pour lâatteindre.
Elle existe ou elle nâexiste pas.
Pourtant, il arrive que certains parcours atypiques ne rencontrent pas un seul obstacle, mais plusieurs. LâĂąge, la maniĂšre dâapprendre, les reprĂ©sentations, les habitudes... Pris isolĂ©ment, chacun paraĂźt anodin. Ensemble, ils peuvent finir par dessiner une pente invisible.
Câest cette accumulation que nous explorerons dans la prochaine Leçon du grand bain.
Ă suivre...
đ„œ Les Leçons du grand bain III : Lâaccumulation des biais
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