On n’écarte pas le chat noir. On coule avec lui.
La panne de l’ascenseur social fabrique des systèmes bancals.
NOTE LIMINAIRE
Ce texte ne vise ni des personnes, ni des situations particulières.
Il décrit un mécanisme.
Un mécanisme ancien, largement documenté, et pourtant toujours à l’œuvre dans de nombreux systèmes contemporains : celui par lequel la compétence, lorsqu’elle n’est plus soutenue par une structure solide, cesse d’être une valeur et devient une anomalie.
Ce qui est en cause ici n’est pas la critique, ni le conflit, ni même l’erreur.
C’est la cohérence.
La cohérence durable, silencieuse, qui met en évidence des failles sans jamais les nommer.
Lorsque les systèmes cessent de permettre la circulation des compétences, ils ne se figent pas. Ils se déséquilibrent. Et ce déséquilibre n’apparaît pas d’un coup. Il progresse lentement, à mesure que les choix de confort remplacent les choix de solidité.
Ce texte propose donc une lecture structurelle.
Non pour désigner des coupables, mais pour comprendre comment, à force d’écarter ce qui dérange, certains systèmes finissent par s’écarter d’eux-mêmes de ce qui les tenait debout.
I. QUAND LA COMPÉTENCE DEVIENT UNE ANOMALIE
Dans un système fonctionnel, la compétence est invisible.
Elle circule, elle s’appuie sur des règles claires, elle s’intègre sans friction. Elle n’a pas besoin d’être signalée, encore moins défendue. Elle est simplement attendue.
Lorsque ce cadre se fragilise, la logique s’inverse. La compétence cesse d’être un socle et devient un point de contraste. Elle ne rassure plus, elle expose. Elle ne soutient plus le collectif, elle met en lumière ses approximations, ses zones floues, parfois ses renoncements.
Ce basculement ne se produit pas parce que la compétence serait arrogante ou démonstrative. Il se produit précisément lorsqu’elle est calme, constante, sans emphase. Une présence cohérente, dans un environnement qui ne l’est plus, agit comme un révélateur. Elle ne critique rien, mais elle montre que le cadre pourrait tenir autrement.
À partir de là, la compétence n’est plus perçue comme une ressource, mais comme une anomalie. Non parce qu’elle fait trop, mais parce qu’elle rappelle ce qui n’est plus fait. Elle devient un élément perturbateur, non par excès, mais par simple existence.
Dans ces conditions, la sanction ne vise pas l’erreur. Elle vise l’écart.
Non l’écart aux règles, mais l’écart à la moyenne tolérée.
Duchesse cogite :
« Quand faire correctement devient un écart,
c’est que le système a déjà commencé à céder. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Qui n’aime pas faire les choses à moitié.
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II. LA COHÉRENCE COMME ACCUSATION SILENCIEUSE
Ce qui déclenche le rejet n’est pas la parole.
Ce n’est pas la plainte.
Ce n’est même pas la remise en cause explicite.
C’est la cohérence.
Une cohérence répétée, stable, qui ne fluctue ni selon les personnes, ni selon les circonstances. Une manière de faire qui reste la même, quel que soit le contexte, parce qu’elle repose sur des règles comprises et intégrées. Cette cohérence-là ne cherche pas à convaincre. Elle s’applique.
Or, dans un système qui fonctionne par arrangements, la cohérence devient une menace. Elle empêche l’ajustement permanent, le flou utile, les exceptions tacites. Elle rigidifie ce qui tenait jusque-là par compromis implicites.
La cohérence agit alors comme une accusation muette.
Elle ne dénonce rien, mais elle rend visible ce qui était dissimulé sous la routine ou l’habitude. Elle rappelle que les règles existent, même quand on a pris l’habitude de les contourner sans y penser.
C’est pour cette raison qu’elle est souvent qualifiée négativement. On ne l’attaque pas sur le fond, mais sur la forme. On la dit rigide, compliquée, excessive. Des mots commodes pour éviter de reconnaître qu’elle expose surtout un renoncement collectif.
Dans ces conditions, ce n’est pas l’incohérence qui pose problème.
C’est celui ou celle qui ne s’y adapte pas.
Duchesse mordille son stylo quatre couleurs :
« La cohérence ne dénonce rien.
Elle laisse le réel parler. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Parfois se comparer c’est se désoler.
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III. L’ASCENSEUR SOCIAL EN PANNE
Un système ne tient pas seulement par ses règles.
Il tient par sa capacité à faire circuler les compétences.
Cette circulation est ce que l’on appelle, souvent de manière abstraite, l’ascenseur social. En réalité, il ne s’agit pas d’une promesse morale ou d’un idéal républicain. Il s’agit d’un mécanisme fonctionnel. Les compétences doivent pouvoir monter, irriguer les niveaux supérieurs, renouveler les pratiques, corriger les habitudes, remplacer ce qui s’use.
Lorsque cet ascenseur se bloque, rien ne s’arrête pour autant. Les postes existent toujours. Les responsabilités aussi. La différence, c’est qu’elles ne sont plus occupées par progression, mais par défaut.
Les plus compétents stagnent, se découragent ou s’éloignent. Les places se libèrent malgré tout. Et comme la nature, sociale comme biologique, n’aime pas le vide, ce sont les moins solides qui montent. D’abord dans les strates inférieures, puis progressivement plus haut. Le niveau baisse sans bruit, mais les conséquences s’accumulent. Parfois sur plusieurs générations, silencieusement.
À ce stade, le système ne produit plus de l’injustice ponctuelle. Il produit de la fragilité structurelle. Les décisions deviennent moins fiables, les erreurs plus fréquentes, les correctifs plus tardifs. Et pour masquer cette fragilité, on renforce souvent les critères de loyauté, d’adhésion ou de conformité.
Ce n’est pas un hasard.
Quand la compétence ne circule plus, elle est remplacée par la tranquillité. Et ce remplacement, à terme, coûte toujours plus cher que ce qu’il prétend préserver.
Duchesse regarde l’heure d’un air moqueur :
« Quand les compétences ne montent plus,
ce n’est pas la base qui s’élève.
C’est l’ensemble qui s’affaisse. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Seriez-vous devenus pantouflards ?
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IV. LA SÉLECTION PAR LA TRANQUILLITÉ
Lorsque la compétence cesse d’être le principal critère de sélection, elle ne disparaît pas officiellement. Elle est simplement reléguée derrière d’autres priorités, moins visibles mais plus confortables. La première d’entre elles est la tranquillité.
On ne choisit plus celui ou celle qui sait faire, mais celui ou celle qui ne dérange pas. Celui qui s’adapte aux usages existants, qui pose peu de questions, qui ne crée pas de contraste trop marqué. La fiabilité est confondue avec la docilité, et la stabilité avec l’absence de tension.
Ce mode de sélection présente un avantage immédiat. Il réduit les frottements, évite les remises en question, permet de maintenir des équilibres fragiles sans les nommer. Mais cet avantage est illusoire. À moyen terme, il produit des environnements où l’erreur devient systémique et où la correction arrive toujours trop tard.
La sélection par la tranquillité favorise les profils capables de naviguer dans le flou, mais pénalise ceux qui s’appuient sur des règles claires. Elle inverse la hiérarchie des compétences : ce n’est plus la capacité à tenir un cadre qui compte, mais l’aptitude à composer avec son affaiblissement.
À mesure que ce principe s’installe, le système se protège de plus en plus contre ce qui pourrait le renforcer. Les profils cohérents deviennent encombrants. Leur présence rappelle qu’un autre fonctionnement est possible, et surtout qu’il ne nécessiterait pas tant d’ajustements.
Dans ce contexte, être “bien vu” devient une compétence en soi.
Mais une compétence sans socle finit toujours par produire des décisions sans fond.
Duchesse en baskets à la maison :
« Quand être tranquille devient un critère,
la solidité cesse d’en être un. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Elle ne possède pas de pantoufles.
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V. LE CHAT NOIR COMME VARIABLE D’AJUSTEMENT
Dans les systèmes qui se fragilisent, le chat noir n’est jamais la cause du déséquilibre.
Il en devient l’indicateur.
Sa présence n’introduit rien de nouveau. Elle révèle simplement ce qui ne tient plus. Une manière de faire cohérente, constante, appliquée sans emphase agit comme un révélateur silencieux. Elle met en lumière les écarts, non par confrontation, mais par contraste.
Plutôt que de corriger ces écarts, le système cherche alors à neutraliser ce qui les rend visibles. Le chat noir devient une variable d’ajustement. On l’écarte, on le discrédite, on le marginalise. Non parce qu’il ferait obstacle, mais parce qu’il empêche de maintenir l’illusion de stabilité.
Ce déplacement de responsabilité est commode. Il permet de transformer un problème structurel en problème individuel. De faire passer un défaut d’organisation pour une question de caractère. Le chat noir est dit difficile, excessif, mal adapté. Des qualificatifs suffisamment vagues pour éviter toute remise en cause du cadre. Mais d’aucune valeur juridique.
L’éviction du révélateur ne renforce jamais le système. Elle le rend simplement plus aveugle. Les failles demeurent, désormais privées de tout signal d’alerte. Ce qui devait être corrigé ne l’est pas, et ce qui aurait pu être consolidé continue de s’éroder.
Ainsi, on n’écarte pas le chat noir pour sauver le système.
On l’écarte pour retarder le moment où il faudra admettre qu’il est déjà en train de couler.
Duchesse ne porte pas la poisse :
« Le chat noir ne fait pas tomber le système.
Il l’empêche de faire semblant de tenir encore. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Qu’il est difficile d’attraper un chat noir dans une pièce sombre !
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NOTE FINALE
Les systèmes ne s’effondrent pas brutalement. Ils s’usent. Lentement. Par une succession de choix qui paraissent rationnels pris isolément, mais qui, cumulés, produisent un déséquilibre profond.
Écarter ce qui dérange, privilégier ce qui rassure, confondre la tranquillité avec la solidité sont des décisions compréhensibles à court terme. Elles permettent de maintenir une apparence de stabilité. Mais cette stabilité est factice. Elle repose sur l’effacement progressif des compétences qui auraient permis d’ajuster, de corriger, de renforcer.
Lorsqu’un système cesse de permettre aux meilleurs de progresser, il ne se protège pas. Il se fragilise. Et lorsque cette fragilité devient visible, il est souvent trop tard pour en inverser la trajectoire sans rupture.
Ce texte ne propose ni solution clé en main, ni coupable désigné. Il invite simplement à regarder ce qui se joue lorsque la cohérence devient suspecte et que la compétence est perçue comme un risque.
Car à force d’écarter ce qui révèle, certains systèmes finissent par ne plus voir ce qui les fait tomber.
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