Quand personne ne formule de demande, mais que le groupe punit
L’entre-soi comme délégation de violence
NOTE LIMINAIRE
Ce texte fait suite à La pornification du réel.
Il n’en est ni la répétition ni l’illustration, mais le prolongement logique.
Le premier volet décrivait un glissement : celui par lequel le regard, le silence et la présence sont interprétés comme des signaux, jusqu’à transformer l’espace public en scène mentale.
Celui-ci s’intéresse à ce qui se produit après ce glissement, quand aucune interaction n’a été formulée, quand aucune parole n’a été prononcée, mais que l’attente persiste malgré tout.
Car il existe des situations où personne ne demande rien,
où rien n’est dit,
où rien n’est explicitement engagé,
et où pourtant une sanction collective finit par tomber.
Ce texte ne parle pas d’un individu isolé ni d’un malentendu ponctuel.
Il décrit un mécanisme social précis :
la manière dont, au sein de certains systèmes d’entre-soi, le groupe prend en charge ce qu’un individu n’a pas osé formuler seul.
Lorsque le désir ne s’énonce pas,
lorsque l’attente se substitue à la parole,
le risque n’est pas assumé par celui qui attend.
Il est déplacé.
Et, très souvent, délégué au collectif.
Ce qui est alors puni n’est pas un refus.
C’est le fait de ne pas avoir répondu à une demande qui n’a jamais existé.
I. LE DÉSIR SANS PAROLE
Dans certains systèmes d’entre-soi, le désir ne s’énonce pas.
Il se suggère.
Il se laisse deviner.
Il s’installe dans une zone floue où rien n’est jamais dit, mais où tout est attendu.
Celui qui désire ne formule aucune demande.
Il ne parle pas.
Il ne s’expose pas.
Il évite soigneusement toute parole qui pourrait appeler une réponse claire, et donc un refus possible.
À la place, il attend.
Cette attente prend des formes discrètes :
un regard qui insiste,
une présence prolongée,
un silence chargé,
une proximité non nommée.
Rien de suffisamment précis pour être qualifié.
Rien de suffisamment explicite pour être contesté.
Et surtout, rien qui engage réellement celui qui désire.
Le désir reste ainsi hors parole, donc hors responsabilité.
Il ne devient ni demande, ni proposition, ni interaction.
Il demeure une hypothèse, soigneusement maintenue dans l’ambiguïté.
Ce choix n’est pas neutre.
Il permet d’éviter le risque central de toute relation adulte :
celui de dire, et d’entendre un non.
Tant que rien n’est formulé,
le désir peut se croire légitime,
l’attente peut se croire partagée,
et l’autre peut être tenu pour responsable de ce qui n’a jamais été dit.
Le silence, ici, n’est pas une hésitation.
Il est une stratégie.
Duchesse passe au crible :
« Sans demande, il n’y a pas de refus.
Le silence peut aussi être une stratégie. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Qui ne tente rien n’a rien !
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
II. L’ATTENTE COMME PIÈGE
L’attente n’est pas une zone neutre.
Elle est souvent présentée comme une posture prudente, presque respectueuse.
En réalité, elle est un dispositif.
Celui qui attend sans parler se place hors risque.
Il ne demande rien.
Il ne s’expose à rien.
Il laisse l’autre porter seul le poids de l’interprétation.
Si l’autre répond, l’attente est récompensée.
L’interaction a lieu sans que rien n’ait été formulé.
Le désir obtient une issue sans avoir eu à se dire.
Mais si l’autre ne répond pas, l’attente se transforme en reproche silencieux.
Pas un reproche assumé.
Un reproche diffus, qui cherche un responsable.
Car l’attente crée une illusion dangereuse :
celle selon laquelle quelque chose aurait dû se produire.
À partir de là, la situation est retournée.
Ce n’est plus celui qui attend qui est interrogé sur son silence.
C’est celui qui n’a pas répondu qui devient suspect.
On ne lui reproche pas d’avoir refusé.
On lui reproche de ne pas avoir compris.
De ne pas avoir “saisi l’occasion”.
De ne pas avoir joué le jeu.
L’attente devient alors un piège à double fond.
Elle permet au désir de rester propre.
Et elle prépare la faute de l’autre, quelle que soit sa réaction.
Ce mécanisme est d’autant plus efficace qu’il ne se voit pas.
Il se nourrit d’ambiguïté.
Il prospère sur le non-dit.
Et il transforme une absence d’interaction en dette imaginaire.
L’attente n’est pas une ouverture.
C’est une pression sans parole.
Duchesse fait sa comptabilité :
« L’attente n’est jamais neutre.
Elle fabrique toujours une dette imaginaire. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Qui pour payer une dette imaginaire ?
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
III. QUAND LE GROUPE AGIT À LA PLACE
Lorsque l’attente échoue, ce n’est que rarement celui qui attendait qui réagit.
Il reste en retrait.
Silencieux.
Propre.
La charge passe alors au groupe.
Ce basculement est presque imperceptible.
Personne ne donne d’ordre.
Personne ne décide officiellement.
Et pourtant, quelque chose se met en mouvement.
Le collectif prend le relais là où l’individu s’est abstenu.
Il commente.
Il observe.
Il interprète.
Il réécrit la situation à voix basse.
Ce n’est plus une histoire de désir.
C’est une affaire de norme.
Le groupe n’agit pas pour satisfaire un désir explicite.
Il agit pour restaurer un équilibre implicite.
Celui qui a été rompu par l’absence de réponse.
L’exclu devient alors un problème à régler.
Non parce qu’il aurait transgressé une règle écrite,
mais parce qu’il n’a pas joué le rôle attendu.
La sanction n’est jamais frontale.
Elle est diffuse.
Elle passe par les regards,
les silences lourds,
les remarques indirectes,
la mise à distance.
Chacun peut ainsi participer sans jamais se sentir responsable.
La violence est fragmentée, diluée, rendue acceptable parce qu’elle est collective.
C’est là toute l’efficacité du mécanisme :
personne n’a demandé,
personne n’a été refusé,
mais quelqu’un est tout de même puni.
Le groupe devient l’exécutant d’un désir qui n’a jamais osé se dire.
Il agit à la place de celui qui voulait sans parler.
Il protège celui qui attendait,
en exposant celui qui n’a pas répondu.
Dans ce système, la violence n’est pas accidentelle.
Elle est structurelle.
Elle ne sert pas à obtenir une interaction.
Elle sert à rappeler une place.
Duchesse constate :
« Le groupe punit à la place de celui qui n’a pas osé parler. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Dire son opinion, c’est éloigner les lâches.
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
IV. L’EXCLU TOUJOURS EN FAUTE
Dans ce type de configuration, l’exclu n’a aucune issue favorable.
Le système est conçu pour cela.
S’il répond à l’attente implicite, on dira qu’il a provoqué.
Qu’il a mal compris.
Qu’il a envoyé des signaux.
La responsabilité sera déplacée sur lui, a posteriori.
S’il ne répond pas, on dira qu’il est froid.
Arrogant.
Méprisant.
Qu’il se croit au-dessus.
Là encore, la faute lui revient.
Le point commun entre ces deux lectures est simple :
la demande n’existe toujours pas.
Mais l’exclu est sommé d’assumer une interaction fictive,
et surtout les conséquences de son refus supposé.
Ce mécanisme permet au groupe de rester cohérent avec lui-même.
Il évite une remise en question collective.
Il protège la norme implicite.
Et il désigne un responsable commode.
L’exclu devient alors un révélateur gênant.
Non pas parce qu’il agit,
mais parce qu’il refuse de jouer.
Il rappelle, par son simple comportement,
qu’une relation adulte suppose une parole claire.
Qu’un désir non formulé n’engage personne.
Qu’une attente silencieuse ne fonde aucun droit.
C’est précisément pour cela qu’il est sanctionné.
Dans ces systèmes, ce n’est pas la transgression qui est punie.
C’est la clarté.
C’est le refus du flou.
C’est la non-participation au mensonge collectif.
L’exclu n’est pas en faute.
Il est en dehors du scénario.
Et c’est cela que le groupe ne supporte pas.
Duchesse écoute Couleur menthe à l’eau d’Eddy Mitchell :
« L’exclu n’est pas en faute. Il est hors scénario. »
— Griffes affûtées dans une patte de velours.
Elle ne se maquille qu’à l’occasion en star de ciné.
#LesMaximesDeDuchesse 🐾
NOTE FINALE
Ce texte ne décrit pas une maladresse relationnelle.
Il décrit un système.
Un système où le désir n’ose pas se dire,
où l’attente remplace la parole,
et où le groupe prend en charge ce que l’individu n’a pas voulu assumer.
Dans ce cadre, il n’y a pas d’échange possible.
Il n’y a que des rôles implicites, des normes tacites, et des sanctions diffuses.
Celui qui refuse d’entrer dans ce jeu n’est pas fautif.
Il devient simplement visible.
Ce qui est puni n’est jamais un refus clairement exprimé.
C’est la non-participation au flou.
Le refus d’endosser une dette imaginaire.
La décision de rester dans un rapport adulte, fondé sur la parole et la responsabilité.
L’entre-soi fonctionne tant que chacun accepte de faire semblant.
Il se fissure dès qu’une personne cesse de jouer sans règles.
Ce texte n’appelle ni réparation ni reconnaissance.
Il pose une évidence :
là où personne ne demande, personne n’a de droit à exiger.
Et là où le groupe punit, ce n’est jamais au nom du désir,
mais au nom de la norme qu’il protège.
Tout le reste relève du bruit.
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